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Dimanche 30 janvier 7 30 /01 /Jan 23:32

Triste jour en ce jeudi 27 janvier 2011 puisque les obsèques de Loucas Von Zabiensky-Mebrouk ont été célébrées à Paris. Il n’avait que 32 ans et couvrait pour le compte d’une agence de presse les événements liés aux émeutes en Tunisie peu avant la chute du président du pays.

Mais combien d’autres subissent de violence, ne reviennent pas ou se retrouvent amputés à vie dans l’exercice de leur métier, principalement sur les zones de conflits….Selon le baromètre de la liberté de la presse communiqué par Reporter sans Frontières, à ce jour sont emprisonnés 157 journalistes, 9 collaborateurs et 112 net-citoyens. Sans oublier Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière pris en otage avec leurs accompagnateurs en Afghanistan depuis 396 jours….

Et puis dernièrement, en Egypte entre le 25 janvier et le 27 janvier, 8 journalistes, leurs assistants voire des chefs de rédaction sont la proie régulière des forces de l’ordre pris pour cibles ou arrêtés.

 

Pour beaucoup la vision du métier de photojournaliste est décalée vis-à-vis de la réalité quant aux conditions de travail. Bien souvent, le public voit un résultat fini, des images et une histoire liée à un événement d’actualité. Je me souviens encore de la file d’attente impressionnante pour obtenir une dédicace à Visa pour l’Image ou pour aller voir une exposition pour l’édition 2010. Une fréquentation si j’en crois certains articles, exceptionnelle, et qui confirme l’intérêt du public vis-à-vis du photojournalisme. Oui, le photojournalisme présente un attrait aux yeux du grand public, mais dans la vraie vie, quel constat aujourd’hui se pose pour le métier de photojournaliste ? Ses conditions de travail, les risques personnels qu’il prend ? Quel avenir pour les jeunes professionnels ? Quel avenir pour les pigistes ?

Vous me direz, c’est le risque du métier lorsque l’on couvre des conflits, lorsque l’on travaille en zone de tension ou en période de guerre…Et pour reprendre le titre de l’article de Wilfrid Estève « Justifier l’injustifiable¹ » est-il pour autant normal ?

 

Je m’interroge sur bon nombre de points et surtout pour les jeunes professionnels. Si je reprends les termes de Wilfrid dans son article « l’évolution des pratiques dans les médias expose et précarise de plus en plus les photojournalistes, pigistes pour la plupart […] Souvent en autoproduction [sans commande ferme, ni de garantie de la part d’une rédaction], simplement diffusés par une agence-voire mal- couverts par une assurance spécifique, sans accréditation ou carte de presse et avec des moyens limités, les journalistes restent des cibles privilégiées sur le terrain. Ils sont fréquemment pris à partie par les bandes, les services d’ordre des syndicats ou des partis politiques, les forces de l’ordre ou armées. Ceci à l’étranger tout comme à Paris où les CRS ont la fâcheuse tendance à frapper et molester les journalistes. »…Le photojournalisme n’est pas mort par contre, les conditions d’exercice de ce métier sont un sujet de fond et préoccupant. En effet, pour aller plus loin que les questions posées plus haut, c’est un thème complexe à développer.

 

Il existe des recommandations comme un Guide pratique du journaliste, des stages de formation dixit Wilfrid « l’armée française organise des stages d’information sur les risques en zones de conflit et la Croix-Rouge des stages de secourisme […] L’usage du casque et d’un gilet pare-balles (prêt gracieux par RSF) sont recommandés […] Les photojournalistes et pigistes se heurtent à nouveau aux conditions d’attribution de la CCIJP (carte de presse internationale reconnue dans 120 pays) ».

Il alerte et appelle à la vigilance quant « aux nouveaux contrats collectifs signés par les organisations syndicales et la responsabilité des rédactions et des agences de presse qui ne couvrent pas les photojournalistes avec des assurances spécifiques. » Oui mais…pourquoi assistons-nous à « une réduction du montant des piges et des frais, à la multiplication des photographies DR, libres de droits ou issues de microstock » ? Comment le jeune professionnel, qui n’est pas forcément en mesure d’imposer des conditions contractuelles normales peut-il travailler ? A-t-il la possibilité de réellement refuser des conditions de travail précarisant son statut et son travail ?

 

A ma grande surprise je découvre que ce jeudi 27 Janvier 2011, L’Ecole de Journalisme de Sciences Po a proposé un Master Class avec l’un des auteurs du Guide pratique de la Pige 2011-2012 Xavier Cazard ². J’attends avec impatience la diffusion de l’article qui synthétisera sa contribution si toutefois il est publié. Et lorsque je développe mes recherches, je lis un article sur le Libé datant du 10 mai 2010 écrit par Frédérique Roussel³ sur les conditions réelles de travail des pigistes et leur situation professionnelle. Les constats peu réjouissants énoncés successivement par Pierre Tessier du collectif Terrier d’Hégésippe qui indique que « la situation de Pigiste est de moins en moins choisie et de plus en plus subie » et Manuel Jardinaud qui précise «  qu’ils sont bien implantés dans le métier, mais l’offre se réduit et les salaires régressent»

Mais cet article met en lumière une nouvelle forme d’organisation depuis 1998, avec la création d’un collectif aujourd’hui connu sous l’appellation des Incorrigibles du Surmelin (au départ 3 journalistes formées à l’EMI-CFD qui ont fondé Barricades, ancien nom de ce collectif et qui comptabilise aujourd’hui 17 professionnels âgés entre 28 et 40 ans), de ces professionnels qui se regroupent afin de rompre avec l’isolement, et mutualiser les frais, les ressources, le réseau. Mais plus encore, outre le fait que ce regroupement permet un travail plus en adéquation avec les préconisations données par les syndicats et autres acteurs du secteur, ils tentent d’être plus visibles et réfléchir aux évolutions des pratiques.

 

Plus récemment, le webzine géré par les étudiants de Master2 de l’Ecole de Journalisme de Bordeaux diffuse un article le 17 décembre 2010 faisant le point sur ces collectifs. Maéva Louis4 précise la situation et éclaire nos esprits embrumés. Compte tenu de l’évolution des médias et de l’essor du web, selon le Guide de la Pige 2011-2012, 303 collectifs en tant qu’agence de presse sont répertoriés début 2010 en France. Leur plus consiste à salarier les journalistes et fonctionner en groupe avec « une répartition des tâches ». Les collectifs sous statut associatif loi 1901 sont toujours présents sur le réseau. Certains pensent évoluer administrativement parlant et d’autres préfèrent conserver ce statut avec une cotisation assurée par ses membres afin de garantir leur indépendance, leur liberté. Ils prônent le règlement en salaire des piges à honorer tout en jouant sur la complémentarité et le réseau au sein même du groupe. Est-ce une lueur d’espoir que de réaliser, que les jeunes professionnels n’ont pas attendu la révolution amenée par l’essor d’internet et la crise du secteur pour tenter de palier aux difficultés rencontrées sur le terrain après l’école?

 

Pour réellement comprendre les difficultés énoncées par les photographes, pigistes, journalistes indépendants, collectifs, je me suis permise de faire une petite analyse comparative sur la base des données chiffrées communiquées sur le site Journalisme.com5 concernant les premières demandes d’attribution des cartes de presse…A la date du 02 janvier 2009, les chiffres les plus récents accessibles sur le site indiquent que, 37307 cartes de presse ont été délivrées, dont :

5559 renouvelées aux journalistes rémunérés à la pige titulaires.

1219 renouvelées aux journalistes rémunérés à la pige stagiaires.

(Voir la spécification de titulaire et de stagiaire en Nota Bene en fin d’article).

790 nouvelles demandes ont été formulées pour son obtention, soit 40% de nouvelles demandes en 2009 concernent cette catégorie par rapport aux nouvelles demandes de journalistes mensualisés car il y a eu 35303 renouvellements. A la lecture de chiffres communiqués sur 3 ans, ils ne démontrent pas de manière significative d’une augmentation importante de premières demandes par rapport aux renouvellements d’attribution (entre 2007 et 2009). Par ailleurs, le nombre des premières demandes concernant les journalistes rémunérés à la pige est toujours inférieur par rapport à ceux qui sont mensualisés. D’une année sur l’autre, le nombre de ces premières demandes reste équivalent quel que soit la catégorie concernée, voire diminue légèrement pour 2009 par rapport à la différence notée entre 2007 et 2008 (plutôt en petite augmentation). En résumé il paraît difficile de faire le constat que le nombre de journalistes payés à la pige soit en forte augmentation sur la base de ces nouvelles demandes. Mais est-ce la réalité ? Est-ce que tous les journalistes sortis d’écoles reconnues ou pas ont la démarche de demander cette carte de presse ?

 

A l’occasion des dernières assises du journalisme qui ont eu lieu à Strasbourg en novembre 2010, la question des nouvelles pratiques, de l’éthique et de la charte d’éthique ont été débattues. Autant dire, que le futur du journaliste est pris en considération, mais les issues pour un positionnement unanime de la part des acteurs syndicaux et autres sur ces points est loin d’être obtenu et ne sera certainement pas le parcours sur un long fleuve tranquille ! Ce que je retiens néanmoins, c’est que la question est posée et donc préoccupe.

 

Au-delà de ce point, l’article d’Esther H.6 du 19 Décembre 2010 dans Mediapart sur la précarisation du métier énonce très bien via les entretiens, l’abus constaté par les organisations syndicales de la part de magazines quant aux contournements récurrents de la loi en matière de droit du travail, l’usage répété de CDD sans transformation en CDI, de piges nombreuses et de l’impact du concept de profit qui détériorent les conditions de travail des journalistes. Tout ceci interroge ! J’en conviens.

 

Et puis j’ai voulu me pencher sur les débats actuels chez les iconographes7 afin de faire le tour complet de la question. Malheureusement, j’ai trouvé de maigres informations si ce n’est que la page du site de l’Association est en cours de construction et certains articles sont accessibles uniquement aux adhérents. Vous m’excuserez d’avance, si je ne peux écrire une analyse et donner votre point de vue. Ceci étant dit, les commentaires sont appréciés donc n’hésitez pas pour intervenir et ce dans des propos respectueux, j’y tiens et je respecterai ce principe.

 

En conclusion et sans développer la partie économique qui très certainement est un paramètre qui rentre en ligne de compte…Dans la vraie vie, les conditions d’exercice du métier de journaliste ne doivent-elles pas être plus développées?…Le témoignage de jeunes professionnels et des collectifs de journalistes seraient une piste…Car informer et sensibiliser sur la façon de s’y prendre pour vendre un reportage est tout aussi utile que la connaissance des pratiques réelles et de l’écart qu’il peut exister entre son imaginaire et l’idéalisme lié à la jeunesse et les difficultés du quotidien…Peut-être est-ce un futur thème de Master Class envisagé par l’Ecole du Journalisme de Sciences Po ou d’autres acteurs comme Freelence… ?

 

En tout cas, il me semble, sans vouloir faire de démagogie, que d’essayer de dresser un état des lieux des pratiques réelles et non pas théoriques et d’avoir connaissance des stratégies qui permettraient d’améliorer les conditions de travail des professionnels seraient un plus pour les futurs journalistes.

 

¹ Justifier l’injustifiable. Wilfrid Estève. 08 Janvier 2011

http://www.wilfridesteve.com

² http://www.journalisme.sciences-po.fr rubrique Evenements-Master class dont les articles suivants :

Xavier Cazard en master class

Photojournaliste de guerre. Michael Kamber photojournaliste au New York Times. 28.04.2010 il témoigne de ses conditions de travail.

Il faut accéder au cerveau du rédacteur en chef. Rue 89 avec le témoignage de Pascal Riché co-fondateur et Rédacteur en Chef.

Je suis pigiste par choix. Wilfrid Estève.

³les pigistes la jouent collectifs. Frédérique Roussel- 10 Mai 2010. http://www.liberation.fr/medias/0109634503-les-pigistes-la-jouent-collectifs

4 Collectifs de journalistes : la revanche des précaires. Maéva Louis- 17 Décembre 2010 http://www.lafabriquedelinfo.fr

5 http://www.journalisme.com chiffres clés.

6 Quand les patrons des médias abusent de la précarité. 19 Décembre 2010. Esther H. http://www.mediapart.fr/club/blog/esther-h/191210/quand-les-patrons-des-medias-abusent-de-la-precarite

7 http://www.ani-asso.fr

 

http://www.panorama.alliance-journalistes.net

http://www.rsf.org 

http://www.observatoire-medias.info/rubrique.php3?id_rubriques:107

http://www.themediatrend.com géré par Marc Mentré. Je vous recommande plusieurs lectures dont :

Sites de presse magazine : la vitesse contre la qualité.

Journalisme : photographie d’une profession malade. 

http://incorrigibles.wordpress.com c’est le blog du collectif Les Incorrigibles du Surmelin.

 

 

Nota bene : Le titulaire est diplômé d’une Ecole reconnue et détient 1 an d’exercice, le stagiaire a suivi un cursus mais il lui faudra 2 ans d’exercice pour pouvoir obtenir le statut de titulaire.

 

Par mademoiselle-elda.over-blog.com - Publié dans : Photojournalisme
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Mercredi 26 janvier 3 26 /01 /Jan 08:37

69106 1630384209554 1535075671 1608040 6987874 nSouvenez-vous, j’ai débuté il y a peu toute une série d’articles sur l’Iphoneographie. Pour dépasser une vision personnelle sur ce thème, j’ai effectué plusieurs recherches sur le web, les divers réseaux sociaux, blogs pour échanger avec des personnes qui sont passionnées par la photographie et le concept de créer une image par le biais de nos chers smartphones. Volontairement, je n’emploie pas le mot d’iPhone car vous pouvez utiliser des applications équivalentes sur d’autres types de marques. Comme j’en fais mention dans l’interview qui suit, Réponses Photo de Février 2011 a consacré un dossier sur le sujet avec la contribution de Philippe Durand qui a testé quelques applications…Je serai tentée de dire que petit à petit l’oiseau fait son nid…

 

Un dossier qui a d’ailleurs posé le débat sur la notion de créativité et de consommation, qui s’est prolongé sur le blog photofloue.net, et a donné lieu à la naissance d’un tout nouveau blog http://photofloue.net/iphonographie. Mais avant de débuter les questions concrètes, je vous présente Morgan Miranda, Designer Graphique de profession issu de Toulouse et contributeur de ce nouvel épisode écrit. Il a une réelle passion pour la photographie contemporaine et celle de rue.

Depuis 2007, il tente d'explorer le monde de la photographie mobile, et vous pouvez voir son travail sur son stream Flickr et sur son portfolio. (http://www.flickr.com/readless et http://www.morganmiranda.com).

 

 Existe t-il une définition de l'Iphoneographie ou l'Iphonographie? Si oui laquelle?

 

L'iPhoneographie (ou iPhoneography) est comme son nom l'indique l'art de capturer une image avec un iPhone. Le terme est principalement apparu lors de l'arrivée de l'appstore et des applications photos, un an après l'introduction de l'iPhone. Bien entendu, il était déjà possible de prendre une photo avec l'application Caméra par défaut, mais le réel engouement autour de la photographie iPhone, et je dirai son essence même, date de l'apparition des premières applications tierces.

Elles ressemblaient plus à des ébauches, et il aura fallu attendre septembre/octobre 2008 pour profiter réellement des possibilités du médium avec CameraBag de NeverCenter et ToyCamera de Takayuki Fukatsu. A partir de ce moment là, l'intérêt autour de l'iPhoneographie est devenu grandissant, tout comme le nombre d'applications.

 

Deux catégories d'applications sont à opposer : celles imitant un appareil photo où un effet est appliqué automatiquement (voire aléatoirement), et celles qui permettent de retravailler des images importées.

Pour certains membres, quasi-fanatiques de la communauté, le terme iPhoneographie est légitime à la seule condition que la photo soit prise et retouchée avec le mobile.

Je pense de toute manière que le terme iPhoneographie n'est pas très pertinent, ce qui était propre à l'iPhone au début ne l'est plus aujourd'hui et de nombreuses applications sont portées sur d'autres appareils et d'autres systèmes d'exploitation, Android en tête.

Ce à quoi nous assistons c'est plutôt à l'émergence de la photographie mobile, quel que soit l'appareil utilisé.

 

Si l'on consulte les quelques blogs et sites sur le sujet, on a l'impression que cette pratique est rentrée dans les moeurs si je puis dire aux Etats-Unis et beaucoup moins en France? Est-ce qu'il s'agit d'une impression ou pas?

 

Je pense qu'il ne s'agit pas d'une impression, il est vrai qu'en France nous avons un retard à ce propos mais pas seulement avec les Etats-Unis, nos voisins Européens sont bien plus prolifiques. Que se soit en Espagne ou en Allemagne, des expositions et même des reportages tv ont été réalisés. Alors qu’ici, même sur Internet les ressources sont pauvres. C'est d'autant plus dommage qu’il y a en France de très talentueux photographes mobiles comme.

Bénédicte Guillon (http://iphoneographic.tumblr.com/),

Gilles Saulnier (http://www.flickr.com/photos/gillessonflickr/),

Xavier Réyé (http://www.flickr.com/photos/xavier_reye/)

Stéphane Mahé (http://www.flickr.com/photos/lofigrafie/).

 

Je pense que les pays qui attachent le plus d'importance à la photographie mobile restent le Japon et la Corée. Depuis quelques années, je constate l’existence de références en provenance de ces deux pays. Dernièrement, Chan-Wook-Park, le réalisateur de Old Boy, a réalisé un court-métrage avec quelques iPhone4.

 

Dernièrement j'ai lu un article sur la revue Réponses Photo dont les contributeurs émettent un avis un peu partagé sur cette effet de mode alors qu'aux Etats-Unis, l'International Center of Photography de New-York propose des cours d'Iphoneographie...Comment percevez-vous ce décalage?

 

Je n'ai pas lu l'article en question mais je comprends que les contributeurs puissent y émettre un avis partagé car ce qui est nouveau, ce qui bouscule nos points de repère nous dérange. Je pense qu’il faudra beaucoup de temps pour que la photographie mobile soit pleinement acceptée par les photographes professionnels. A mon sens, ce qui est populaire inspire la méfiance. Cela me fait penser par exemple au regain d'intérêt pour les Polaroïds ces dernières années. Gaspard Noé disait « Le temps détruit tout », peut être est-ce l'inverse ?

Quant au cours d'iPhoneographie je n'y vois pas trop d'intérêt. Ce décalage là n'est pas représentatif et j'y vois plutôt un effet de mode plus qu'autre chose.

 

Quel avenir percevez-vous en France? Les photo-reporters commencent à l'utiliser pour produire leur reportage et les diffuser comme sur le New York Times ou le Monde.fr, pensez-vous réellement qu'il s'agisse là aussi d'un effet de mode ou au contraire assistons-nous à l'utilisation d'un nouveau média?

 

Je pense définitivement que nous assistons à l'utilisation d'un nouveau média. Le temps nous le dira mais les outils d'aujourd'hui ont amorcé une révolution, donnant entre les mains de Monsieur tout le monde la possibilité de créer et de communiquer instantanément. Il n'y a pas nécessairement besoin d'avoir un gros reflex pour véhiculer un message, les photos de guerre en Afghanistan diffusées sur le New York Times ou sur le Monde.fr en sont l'un des exemples.

Quant à la France, je pense qu'elle suivra le mouvement comme les autres pays, les frontières n'ont pas vraiment lieu d'être avec la photographie mobile, Internet en est le parfait refuge.

 

Sur la base d'un entretien réalisé avec Julien, bloggeur intéressé par l'Iphoneographie il existe des ouvrages selon lui? Pourriez-vous nous citer des références?

 

Personnellement je ne connais pas d'ouvrages de référence. Par contre, beaucoup de photographes éditent personnellement leur livre sur Blurb mais d'après ce que je sais les maisons d'éditions n'ont toujours pas franchi le pas.

Tout se trouve en ligne principalement sur le web. Comme par exemple le groupe Berlinois EYE'EM  qui organise des expositions à travers le monde, ou aussi le site iphoneography.com qui recense les sorties de nouvelles applications.

Ce qui revient le plus souvent ce sont les images partagées sur les réseaux sociaux ou sur les blogs personnels et c'est tant mieux, car c'est une description parfaite de ce qu'est la photographie mobile: un témoignage.

 

Assistons-nous au déploiement d’un nouveau courant dont l’essence même consiste à témoigner, même s’il s’agit d’une application mobile, média différent des outils rentrés dans les mœurs et les pratiques photographiques? Je pense aussi que cette démarche peut effrayer de par son caractère nouveau et interroger des conceptions acquises au fil du temps. L’avenir nous le dira. En tout cas, je tiens à remercier Morgan Miranda pour avoir ajouté son point de vue et nous permettre de mieux comprendre l’iPhoneographie.

Par mademoiselle-elda.over-blog.com - Publié dans : Iphonéographie
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Mardi 18 janvier 2 18 /01 /Jan 14:34

Plusieurs entretiens se sont concentrés sur le photojournalisme, le webdocumentaire mais il existe d’autres approches. Enigmatique ou inconnue pour certains, la Photographie Plasticienne est pourtant bien présente. Pour mieux comprendre son histoire et la genèse de cette approche, j’ai rencontré Dominique Roux, responsable du service de documentation et des archives de la Galerie du Château d’Eau, professeur en histoire de la photographie et photographe depuis 25 ans.

 

Cet article a pour objet d’introduire un nouveau thème sur ce blog. En effet, je m’intéresse aussi à ce qui de près ou de loin concerne la photographie. Aux détours de nombreuses expositions, je me suis confrontée à l’Art Contemporain et aux partis pris artistiques quelque peu différents de ce que j’avais l’habitude de voir sur le web ou dans les reportages photojournalistiques. J’ai eu envie d’explorer ce monde-là et en complément de l’échange avec Dominique Roux, j’ai pu lire un ouvrage qui m’a permis de mieux appréhender la Photographie Plasticienne et ses fondements ¹, tout comme me plonger dans un article très intéressant de la revue études photographiques.

 

Voici un essai qui tente d’en relater quelques points pour vous permettre d’aborder ce thème en douceur. Le contenu de cet article ne se veut pas vérité et ce thème méritera d’être développé par la suite.

 

La Photographie Plasticienne et son origine.

 

Comme Dominique Roux m’en informe  « La Photographie Plasticienne s’est développée non pas dans les écoles de photographie mais les écoles d’Art. Elle se veut à contrepied du photojournalisme. Les artistes utilisent la photographie comme médium et ne se qualifient pas systématiquement photographes. Pendant de nombreuses années c’est le Printemps de Septembre de Cahors qui a défendu ce type d’approche, aujourd’hui elle est partie prenante de toutes les programmations des Centres d’art et des grandes manifestations photo et présente dans les collections institutionnelles du monde entier ».

 A la lecture de l’ouvrage écrit par Dominique Baqué¹ sur ce concept, il apparaît qu’elle permet de garder trace visuellement des différentes actions entreprises vers la fin des années 50 par plusieurs artistes dont les plus connus se concentrent aux Etats-Unis et en Autriche. Des actions où le corps était le médium central avec l’utilisation de la photographie pour pouvoir interpeller conceptuellement le regardeur mais aussi le rendre acteur par sa participation proposée par l’artiste pour la réalisation d’une œuvre figée sur une photographie par la suite. Dans les années 60, une autre forme d’art se développa où plusieurs dimensions intervenaient. Au départ, la photographie a été utilisée comme un tableau et puis de nombreux débats ont eu lieu sur la place accordée à la photographie plasticienne dans l’art. Les questions de sa place en tant que médium et de la posture des artistes opposés à l’idée de « l’instant décisif » développée par Henri Cartier Bresson par exemple se sont posées pendant de nombreuses années. Puis plusieurs courants ont vu le jour dont le plus connu fait référence à Marcel Duchamp qui du fait qu’il apposait à un objet un statut d’art, c’était de l’art. Ou encore, vous avez l’exemple de Gina Pane qui a pris des photographies lorsqu’elle se tailladait l’oreille au rasoir ou plaçait des épines de rose sur son bras pour des actions qu’elle cite « mélancolique et sentimentale (…), un témoignage du processus de l’inscription par contact et empreintes sur son propre corps, processus spécifique à l’acte photographique »¹. Ces quelques exemples permettent d’énoncer que les postulats sur l’acte photographique pris par les artistes sont différents de ce que proposent le photojournalisme et la photographie créative.

 

L’approche des artistes dans la Photographie Plasticienne.

 

Selon Dominique Roux « dans les années 70-80 «  la photographie créative » s’exposait dans les formats 30x40 cm sous passe partout présentée sous verre dans des cadres 50 x 60 cm.    Aujourd’hui la photographie s’expose dans des « formats tableau » c'est-à-dire dans des dimensions autrefois réservés à la peinture. Certaines photographies comme celles de Jeff Wall peuvent atteindre 7m sur 5m.

Depuis une quinzaine d’année, les artistes n’hésitent pas à métisser leurs pratiques remettant en question les barrières et les frontières entre les arts. Aussi, les œuvres contemporaines majeures ne se limitent pas stricto facto à la photographie mais permettent la rencontre entre la peinture, la sculpture, la littérature, le cinéma et la photographie ».

 

Alors que peut-on penser néophytes en la matière et la connaissance ? La photographie est un médium, les artistes tendent à vouloir remettre en question les frontières entre les arts. Voici de nouveaux postulats par rapport auxquels je n’étais pas habituée en tant qu’apprentie dans ce domaine. C’est ce que je vais essayer de développer dans la suite afin de mieux comprendre cette approche.

 

La photographie comme médium et sa légitimité dans l’art, que cela veut-il dire ?

 

Plusieurs théories ont été développées pour situer la photographie comme médium dans l’art entre 1970 et 1980 car jusque- là, elle était perçue en France comme à part et distincte de l’art. Outres les travaux qui font aujourd’hui écoles comme ceux de Düsseldorf ou les Becher, diverses analyses ont été apportées et reflétaient diverses postures quant à la place accordée à la photographie et l’acte photographique dans l’Art Contemporain. En effet, sa légitimité en tout cas théorique et perçue aujourd’hui en 2011 comme Art à part entière est le fruit de plusieurs pensées en France pendant cette période.

 

La critique aux Etats-Unis était à l’époque centrée sur le modernisme. Le sujet de « l’acte photographique » en France est apparu suite à la traduction, par Priscille Michaud dans Macula (1979, créée par Jean Clay et Yve-Alain Dubois en 1976) de l’article « Notes of the index » publié dans la revue New-Yorkaise October en 1977 de Rosalind Krauss. Mais il faudra plusieurs revues, plusieurs auteurs pour y revenir et placer « l’acte photographique » tel qu’il est décrit par Krauss et légitimer théoriquement la photographie dans le monde de l’Art. ²En Effet, elle s’appuie des travaux de Peirce qui définit trois types de signes : l’icône (signe par ressemblance), le symbole (signe par convention) et l’index (signe par connexion physique). Mais la revue Macula qui présente cette traduction ne centre pas la photographie comme objet principal d’études et lui consacre peu de place.

 

Les premiers écrits qui centrent la photographie au cœur du sujet d’une revue débutent avec La chambre claire (1980) par Barthes. D’autres apparaissent dont celle gérée par Mora et Nori mais même s’ils souhaitent valoriser la photographie comme art, ils soutiennent une approche encore différente qualifiant la photographie de créative, principalement soutenue par Jean-Claude Lemagny, conservateur à la Bibliothèque Nationale des Estampes et de la Photographie. Un postulat selon lequel, elle a un rapport avec l’index et sa connaissance de l’être au sens philosophique du terme. Nous sommes encore très éloignés du développement fait par la critique New-Yorkaise sur ce sujet.

 

Ce n’est qu’en 1983 où Philippe Dubois replace la notion tel que décrite par Krauss dans son ouvrage L’acte photographique. Il développe l’idée de « l’image-acte », pour lui « ²c’est une empreinte à un moment essentiel de l’acte photographique, mais aussi un instant dans le processus global des gestes techniques et culturels ». De ce fait, il légitime la photographie comme médium. Et pour reprendre les termes de ²Katia Schneller (décembre 2007), « il considère que la photographie est une véritable catégorie de pensée, singulière et qui introduit à un rapport spécifique aux signes, au temps, à l’espace, au réel, au sujet, à l’être et au faire ».

 

Enfin, il y a ceux qui défendent l’idée que la photographie est un médium qui peut être annexée à la peinture et la sculpture. D’ailleurs en 1991, l’exposition de Suzanne Lafont a eu lieu à la Galerie Nationale du Jeu de Paume qui à l’origine réservait ses manifestations aux peintres et sculpteurs.

 

En conclusion, la Photographie Plasticienne telle qu’elle est inscrite dans les réseaux actuels profite de l’héritage de ces diverses pensées et positions qui lui confèrent aujourd’hui une légitimité certaine sur le marché de l’Art. Entre 1950 et 1960, les artistes se sont concentrés à promouvoir une idée à l’encontre d’une photographie comme expression-vérité d’un instant donné figé dans le temps et se sont exercés à se distinguer des courants classiques dénués de toute émotion et créer une vision différente et nouvelle de l’art par le biais de la photographie. Entre 1960 et 1980, nous assistons à un retour au BEAU, avec une photographie Noir et Blanc qui relate le rapport à la vie et la société. Entre 1970 et 1990, d’autres artistes considèrent qu’il ne s’agit pas d’inventer mais de reprendre ce qui existe déjà, de proposer des formats-tableaux, la couleur…

 

J’oserai dire que pour aller au-delà de sa légitimité comme médium -Art, la Photographie Plasticienne en tant que telle se démarque par rapport aux choix de la couleur, du format mais surtout du parti pris artistique. Il existe plusieurs postulats différents, mais j’ai retenu pour plusieurs artistes qu’ils privilégient une frontalité dans la prise de vue, le modèle-sujet n’est pas forcément saisi sur le vif et l’image n’est pas faite en contexte instantané pendant un événement d’actualité mais relate une conception du rapport et de l’interaction entre ²les signes, le temps, l’espace, le réel, le sujet, l’être et le faire. Elle se différencie d’autres approches dans le fait qu’il s’agit d’une photographie hybride, décloisonnée et qui est métissée avec d’autres rencontres.

 

 La Photographie Plasticienne et ses artistes, quelles œuvres, quelles catégories existe-t-il ?

 

Si je me réfère à l’entretien réalisé avec Dominique Roux, il existe plusieurs catégories dont :

« Le métissage photographie/peinture (Jan Saudek, Ouka Lele, Pierre et Gilles, Claude Fauville, Toni Catany, Edourado Ibanez, Jöel Peter Witkin, Illian Wolff…)

 

La mise en scène qui utilise comme pour le cinéma tous les moyens nécessaires à la conception d’une photographie (avec parfois une équipe de plusieurs personnes). Dans cette pratique, l’image fait appel à l’imaginaire (Gregory Crewdson, , Sandy Skoglund, Cindy Sherman  …).

 

Le dispositif / L’installation qui interrogent le réel et sa représentation par le biais d’une grille de lecture ou d’une scénographie (Alain Fleisher, Christian Boltanski, Georges Rousse, François Mechain, Laurent Millet …).

 

Le style documentaire qui à l’instar de l’Ecole de Düsseldorf prône une certaine frontalité en s’interdisant toute forme de psychologisme ou d’empathie face au motif, pouvant aller jusqu’à une survalorisation du banal  (Les Becher, Thomas Ruff, Andreas Gursky, Massimo Vitaly..,).

 

 Le photojournalisme plasticien qui à l’heure de la crise de la photographie de presse propose un regard d’artiste plus conceptuel et une lecture différente des évènements (Jeff Wall, Eric Baudelaire, Luc Delahaye, Sophie Riestelhueber…).

 

La Fiction et la réalité : tous ces artistes qui par des biais différents interrogent et exploitent l’ambiguïté  du rapport de la photographie au réel (Nan Goldin, Philip Lorca Di Corcia, Jeff Wall, Florence Paradeis, Florence Chevallier, Sophie Calle …) ».

 

Aujourd’hui les acteurs de l’Art Contemporain se questionnent à nouveau et tentent de dresser un bilan sur ce qui s’est passé ces dix dernières années, quelle est la place de la critique…Un nouveau débat que je ne manquerai pas de suivre avec intérêt.

 

Je tiens à remercier Dominique Roux pour sa contribution et le temps consacré à l’entretien pour avoir abordé la Photographie Plasticienne. Il m’a permis de dresser une synthèse pour mieux définir cet art. Sachez qu’il anime sur Bordeaux un cycle de conférences à la Bibliothèque Mériadeck où il développe tous les points énoncés. Vous pouvez par ailleurs consulter le livre écrit par Dominique Baqué mis en référence à plusieurs reprises dans l’article et en bas de page au service de documentation de la Galerie. Vous trouverez le lien du site de la Galerie du Château d’eau qui expose de nombreuses œuvres mais aussi celui du site Art Press qui aborde divers points sur l’Art Contemporain.

 

¹ La Photographie Plasticienne un Art Paradoxal. Dominique Baqué -Critique en Art et journaliste chez Art Press. Editions du Regard. 1998.

² Sur les traces de Rosalind Krauss La réception française de la notion d’index 1977-1990. Katia Schneller. Revue études photographiques. N°21 décembre 2007 : Paris-New-York.

Par mademoiselle-elda.over-blog.com - Publié dans : Photographie
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Dimanche 2 janvier 7 02 /01 /Jan 10:48

Zoé Lamazou journaliste freelance et Sarah Leduc journaliste chez France 24 ont co-réalisé le premier webdocumentaire diffusé sur l’Ipad par France 24 sur la banalisation du viol en République démocratique du Congo. Le viol perpétré en temps de guerre est couramment utilisé comme arme dans de nombreux pays mais qu’en est-il après les conflits ? Zoé et Sarah ont souhaité aborder ce sujet. En effet, les actes de viol commis envers les civils continuent depuis 2005 et elles nous racontent l’histoire de ces femmes victimes, militantes, avocates et ce qui se passe dans le système pénitentiaire et policier. Un projet qui aborde d’une façon très complète le problème de la banalisation du viol.

 

Mais au-delà du sujet qui est fort, problématique si bien que, récemment de nombreux rapports ont été émis par l’ONU, ce projet a été diffusé sur un support tout nouveau. Tout peut être envisagé, créé pour de jeunes journalistes comme Zoé et Sarah, même si au départ ce n’était pas l’Ipad qui était ciblé comme premier canal de diffusion. Elles nous racontent leur histoire tant sur le sujet traité que sur le travail que cela a exigé.

 

Pourquoi avez-vous souhaité travailler sur le sujet du viol au Congo ? Quel a été le point de départ de ce reportage ?

 

Zoé : J’avais lu des témoignages de femmes des Kivus, des femmes qui avaient été violées par des hommes en armes, et d’autres femmes qui soignent et défendent ces victimes malgré l’insécurité et l’impunité qui règnent encore dans l’Est du Congo. Je voulais en savoir plus. J’avais des contacts sur place.

 

Sarah : Quand nous avons commencé à étudier le sujet depuis la France, nous avons rapidement réalisé que l’aspect judiciaire avait été moins abordé. Il est apparu que les femmes sont non seulement les premières victimes mais les premières à se mobiliser. Nous avons donc contacté diverses associations et trouvé les femmes qui accepteraient de travailler avec nous. Et le projet était parti !

 

Avez-vous rencontré des difficultés sur place ?

 

Zoé : Les difficultés que nous avons rencontrées à Goma sont propres au reportage dans ces régions du monde abîmées par des années de conflit armé et où l’insécurité est encore caractéristique. Dans toutes les situations, il faut rester prudent et très attentif.

Mais en fait, les seules réelles difficultés que nous avons éprouvées ont été d’ordre administratif : obtenir une autorisation de reportage est souvent une démarche longue et coûteuse.

 

Sarah : Il y a toujours des imprévus sur le terrain, et les choses ne se déroulent pas toujours comme on le souhaiterait. Du fait des délais administratifs, nous n’avons, par exemple, pas pu assister à l’audience où devait plaider l’avocate que nous suivions au tribunal forain de Goma. Dans ces cas-là, il faut savoir rebondir et improviser.

 

Sur de nombreux clichés, les postures et regards des victimes sont détournés. Est-ce un choix de votre part ou une volonté de la part des personnes qui ont accepté de parler ?

 

Sarah : Nous avions décidé de ne pas montrer les visages des victimes, par pudeur tout d’abord, mais surtout pour préserver leur anonymat. De nombreuses jeunes femmes interviewées sont mineures. Par ailleurs, le viol est extrêmement stigmatisant au Congo. En plus de la douleur psychologique et physique du viol, de nombreuses femmes sont rejetées socialement, familialement, maritalement après avoir subi des violences sexuelles. Nous n’étions pas là pour les mettre en danger, d’où ce parti pris en photo. En revanche, les avocates témoignent à visage découvert.

 

Que ce soit les victimes, avocates, policiers, prisonniers qui ont accepté de vous parler, ont-ils pu voir le résultat, le reportage ? Vous ont-ils formulé un retour, un avis ?

 

Zoé : Nous sommes restées en contact avec les avocates suivies à Goma. Dès que le reportage a été diffusé sur IPad, nous les en avons informé bien sûr. Elles avaient d’ailleurs déjà vu la bande-annonce qui tournait sur la chaîne France24 pour annoncer dès le mois d’août la sortie du doc sur IPad. Mais ne possédant pas de tablette, elles ont dû attendre le mois d’octobre pour avoir accès au reportage mis en ligne dans sa version Web sur le site de France24.

 

Est-ce que votre reportage a impacté des ONG, organisations, les internautes ou lecteurs d’Ipad…. ?

 

Zoé : Nous avons reçu quelques mails d’internautes et d’ONG qui avaient aimé notre reportage. Ces retours sont d’autant plus appréciables que le format est très nouveau. D’ailleurs, dans la plupart de ces mails, nos lecteurs soulignent que l’usage des différents médias (sons, vidéos, photos et textes) a servi notre propos.

Mais ce sont surtout les journalistes férus de nouvelles technologies qui ont commenté le reportage ou qui nous ont interviewées moins pour nous faire parler du sujet que du making of d’un documentaire pour IPad. Nous avons notamment participé à un atelier sur l’usage des nouvelles technologies dans le journalisme lors des Assises du Journalisme qui ont eu lieu à Strasbourg cette année.

 

 Pourquoi avoir choisi l’Ipad plutôt que la diffusion sur ordinateur ?

 

Zoé et Sarah : Nous sommes parties sur le terrain avec l’idée de réaliser un webdocumentaire. Nous en avions déjà réalisé un pour France24, « 22330 : Les bras de la France ». Cette fois, nous partions en freelance mais nous voulions travailler à nouveau sur un format multimédia.

Quand nous sommes rentrées à Paris, France24 s’est intéressé à notre reportage.

 

Lucas Menget, grand reporter pour France24, qui a été notre rédacteur en chef sur les deux projets multimédias, nous a proposé de monter notre reportage spécialement pour l’IPad. La chaîne venait de lancer son application IPad au même moment. C’était l’occasion d’explorer les possibilités de ce tout nouveau format.

 

Mais pour une plus large diffusion, nous avons jugé indispensable de doubler la version Ipad par une version web. Bien que l’Ipad ait été un succès commercial à sa sortie, il reste un outil élitiste pour les quelques privilégiés qui le possèdent. 

 

Votre reportage alterne de multiples formes de supports de narration comme des images, du son, des témoignages, de l’écrit. Il est très complet et il y a une rythmicité. Est-ce que c’est l’Ipad qui a configuré le reportage de cette façon ?

 

Zoé et Sarah : La multiplicité des medias est caractéristique des webdocumentaires. L’Ipad permet en revanche de remettre le texte au centre du récit. La tablette est un vrai support de lecture. Nous avons donc présenté notre reportage sous la forme d’un magazine interactif. Le lecteur supporte mieux ces pages de texte sur tablette que sur l’écran d’un ordinateur.

L’intérêt était bien sûr d’inclure aussi les interviews et ambiances sonores sur les photos, et des vidéos comme on le fait dans un webdocumentaire.

 

Pour pouvoir produire et monter ce projet, qu’est-ce que cela a nécessité en compétences, temps, matériel, logistique… ?

 

Zoé : Il faut être un peu touche à tout. Après deux semaines de préparation, nous sommes parties douze jours à Goma. J’avais un micro et un enregistreur. Et puis nous avions nos cahiers et nos stylos !

 

Sarah : J’avais un appareil 5D - qui fait des photos et des vidéos- prêté par Canon. Un petit Canon G10 en complément. Nous avions nos ordinateurs bien sûr pour « dérusher » au fur et à mesure. Et quelques disques durs externes pour tout sauvegarder !

 

Zoé et Sarah : La post-production s’est faite en équipe, avec Lucas Menget à la rédaction en chef. Zoé a monté tous les sons et les images. Sarah a fait l’éditing des photos. Nous avons écrit à quatre mains. . C’est Jérôme Pidoux qui a réalisé le graphisme du reportage, et Elbou El Béchir a « implémenté » l’ensemble sous forme d’application IPad.

 

Quelle est la différence entre l’Ipad et le webdocumentaire pour les photographies ?

 

Sarah : Il n’y en a relativement pas, si ce n’est le choix du format. L’Ipad, comme l’Iphone, se lit dans les deux sens : horizontal et vertical. Idéalement, il faudrait donc doubler toutes les photos en format paysage et en hauteur pour éviter des recadrages trop radicaux.

 

Si vous deviez renouveler l’expérience, le feriez-vous ?

 

Zoé et Sarah : Bien sûr, si nous travaillons sur d’autres sujets qui se prêtent à ce format. C’est un travail de réalisation passionnant.

Le seul écueil est que le reportage multimédia qui est assez coûteux n’a pas encore trouvé de « modèle économique » stable. Il est toujours plus rentable de réaliser un doc pour la télé que pour le web.

 

Et par rapport à l’interactivité, comme par exemple les travaux diffusés par Samuel Bollendorff, qu’en pensez-vous ?

 

Zoé : Le documentaire multimédia est un format si nouveau qu’aucune règle n’est encore bien définie quant à la trame narrative, à l’usage des différents medias (photo, son, video, texte…) pour servir cette narration et à l’usage de l’interactivité autorisée par le Web. Il y a une liberté formidable. Mais l’utilisation de chaque support doit avoir du sens : il faut se poser la question de ce que l’on veut raconter et comment. Quel est l’apport de la photo ? De la vidéo, du son, du texte ? Il ne s’agit pas de faire un patchwork aléatoire. En ce qui nous concerne, nous avons par exemple fait le choix du son + photo pour les victimes, de la vidéo pour les avocates, etc…

 

Samuel Bolendorff a fait de ces « webdocumentaires dont vous êtes le héros » sa signature. C’est d’ailleurs son travail qui nous a fait découvrir le webdocumentaire et qui a été une source d’inspiration. Nous avons beaucoup aimé naviguer dans son « Voyage au bout du charbon » par exemple, le reportage devenant presque un jeu. C’est un parti pris qui fonctionne bien mais qui reste une manière de raconter parmi d’autres.

 

Certains sujets se prêtent à ce format ludique qui laisse l’internaute composer son propre reportage presque au hasard des clics. D’autres sujets exigent du journaliste qu’il prenne d’avantage par la main son « lecteur », avec une moindre interactivité, moins de choix possibles. Ce que nous avons fait dans « Congo, la paix violée ».

 

Retournerez-vous au Congo pour aborder à nouveau le sujet ?

 

Sarah : Bien sur, si nous en avons les moyens. Il nous tient à cœur de suivre nos histoires, les trajectoires de nos « personnages »... Par ailleurs, la question du viol n’est pas le seul sujet à aborder au Congo. Nous pourrions envisager d’autres angles, d’autres problématiques. La présence de la LRA, la question des enfants soldats, etc…  Sans parler de l’élection présidentielle prévue en 2011. Bref, il reste des tas de sujets que nous serions heureuses d’aborder.

 

Je remercie chaleureusement Zoé et Sarah pour leur contribution. Leur projet est intéressant, autant sur le fond que sur la forme. Elles témoignent des horreurs et crimes sexuels commis sur des enfants et des femmes dans un pays où des années de conflit ont rendu le viol banal une fois la paix retrouvée. Quant à la forme de narration et de diffusion choisies, je suis convaincue, comme elles, que nous en sommes au tout début. Quel avenir leur prédire ? En tout cas, ces deux journalistes ont expérimenté une nouvelle forme de diffusion qui est différente du webdocumentaire, et j’espère que leurs explications vous ont permis d’en savoir un peu plus. Vous trouverez en lien « Congo la paix violée », le lien de France 24 ainsi que les sites de nos deux journalistes.

 

 

Par mademoiselle-elda.over-blog.com - Publié dans : Webdocumentaire
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Jeudi 30 décembre 4 30 /12 /Déc 12:48

2011 va démarrer avec un nouveau témoignage. Zoé Lamazou et Sarah Leduc vont nous faire partager leur expérience concernant le webdocumentaire proposé par France 24 pour une diffusion sur Ipad. Premier travail qui privilégie un autre canal de diffusion que les réseaux classiques. En attendant de découvrir leur contribution, je vous invite à visionner ce projet dans la rubrique Liens "Congo la paix violée" chez nos amis de webdocu.fr

 

Je vous souhaite à toutes et à tous d'excellentes fêtes de fin d'année !

Par mademoiselle-elda.over-blog.com - Publié dans : Webdocumentaire
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