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Webdocumentaire

Dimanche 2 janvier 7 02 /01 /Jan 10:48

Zoé Lamazou journaliste freelance et Sarah Leduc journaliste chez France 24 ont co-réalisé le premier webdocumentaire diffusé sur l’Ipad par France 24 sur la banalisation du viol en République démocratique du Congo. Le viol perpétré en temps de guerre est couramment utilisé comme arme dans de nombreux pays mais qu’en est-il après les conflits ? Zoé et Sarah ont souhaité aborder ce sujet. En effet, les actes de viol commis envers les civils continuent depuis 2005 et elles nous racontent l’histoire de ces femmes victimes, militantes, avocates et ce qui se passe dans le système pénitentiaire et policier. Un projet qui aborde d’une façon très complète le problème de la banalisation du viol.

 

Mais au-delà du sujet qui est fort, problématique si bien que, récemment de nombreux rapports ont été émis par l’ONU, ce projet a été diffusé sur un support tout nouveau. Tout peut être envisagé, créé pour de jeunes journalistes comme Zoé et Sarah, même si au départ ce n’était pas l’Ipad qui était ciblé comme premier canal de diffusion. Elles nous racontent leur histoire tant sur le sujet traité que sur le travail que cela a exigé.

 

Pourquoi avez-vous souhaité travailler sur le sujet du viol au Congo ? Quel a été le point de départ de ce reportage ?

 

Zoé : J’avais lu des témoignages de femmes des Kivus, des femmes qui avaient été violées par des hommes en armes, et d’autres femmes qui soignent et défendent ces victimes malgré l’insécurité et l’impunité qui règnent encore dans l’Est du Congo. Je voulais en savoir plus. J’avais des contacts sur place.

 

Sarah : Quand nous avons commencé à étudier le sujet depuis la France, nous avons rapidement réalisé que l’aspect judiciaire avait été moins abordé. Il est apparu que les femmes sont non seulement les premières victimes mais les premières à se mobiliser. Nous avons donc contacté diverses associations et trouvé les femmes qui accepteraient de travailler avec nous. Et le projet était parti !

 

Avez-vous rencontré des difficultés sur place ?

 

Zoé : Les difficultés que nous avons rencontrées à Goma sont propres au reportage dans ces régions du monde abîmées par des années de conflit armé et où l’insécurité est encore caractéristique. Dans toutes les situations, il faut rester prudent et très attentif.

Mais en fait, les seules réelles difficultés que nous avons éprouvées ont été d’ordre administratif : obtenir une autorisation de reportage est souvent une démarche longue et coûteuse.

 

Sarah : Il y a toujours des imprévus sur le terrain, et les choses ne se déroulent pas toujours comme on le souhaiterait. Du fait des délais administratifs, nous n’avons, par exemple, pas pu assister à l’audience où devait plaider l’avocate que nous suivions au tribunal forain de Goma. Dans ces cas-là, il faut savoir rebondir et improviser.

 

Sur de nombreux clichés, les postures et regards des victimes sont détournés. Est-ce un choix de votre part ou une volonté de la part des personnes qui ont accepté de parler ?

 

Sarah : Nous avions décidé de ne pas montrer les visages des victimes, par pudeur tout d’abord, mais surtout pour préserver leur anonymat. De nombreuses jeunes femmes interviewées sont mineures. Par ailleurs, le viol est extrêmement stigmatisant au Congo. En plus de la douleur psychologique et physique du viol, de nombreuses femmes sont rejetées socialement, familialement, maritalement après avoir subi des violences sexuelles. Nous n’étions pas là pour les mettre en danger, d’où ce parti pris en photo. En revanche, les avocates témoignent à visage découvert.

 

Que ce soit les victimes, avocates, policiers, prisonniers qui ont accepté de vous parler, ont-ils pu voir le résultat, le reportage ? Vous ont-ils formulé un retour, un avis ?

 

Zoé : Nous sommes restées en contact avec les avocates suivies à Goma. Dès que le reportage a été diffusé sur IPad, nous les en avons informé bien sûr. Elles avaient d’ailleurs déjà vu la bande-annonce qui tournait sur la chaîne France24 pour annoncer dès le mois d’août la sortie du doc sur IPad. Mais ne possédant pas de tablette, elles ont dû attendre le mois d’octobre pour avoir accès au reportage mis en ligne dans sa version Web sur le site de France24.

 

Est-ce que votre reportage a impacté des ONG, organisations, les internautes ou lecteurs d’Ipad…. ?

 

Zoé : Nous avons reçu quelques mails d’internautes et d’ONG qui avaient aimé notre reportage. Ces retours sont d’autant plus appréciables que le format est très nouveau. D’ailleurs, dans la plupart de ces mails, nos lecteurs soulignent que l’usage des différents médias (sons, vidéos, photos et textes) a servi notre propos.

Mais ce sont surtout les journalistes férus de nouvelles technologies qui ont commenté le reportage ou qui nous ont interviewées moins pour nous faire parler du sujet que du making of d’un documentaire pour IPad. Nous avons notamment participé à un atelier sur l’usage des nouvelles technologies dans le journalisme lors des Assises du Journalisme qui ont eu lieu à Strasbourg cette année.

 

 Pourquoi avoir choisi l’Ipad plutôt que la diffusion sur ordinateur ?

 

Zoé et Sarah : Nous sommes parties sur le terrain avec l’idée de réaliser un webdocumentaire. Nous en avions déjà réalisé un pour France24, « 22330 : Les bras de la France ». Cette fois, nous partions en freelance mais nous voulions travailler à nouveau sur un format multimédia.

Quand nous sommes rentrées à Paris, France24 s’est intéressé à notre reportage.

 

Lucas Menget, grand reporter pour France24, qui a été notre rédacteur en chef sur les deux projets multimédias, nous a proposé de monter notre reportage spécialement pour l’IPad. La chaîne venait de lancer son application IPad au même moment. C’était l’occasion d’explorer les possibilités de ce tout nouveau format.

 

Mais pour une plus large diffusion, nous avons jugé indispensable de doubler la version Ipad par une version web. Bien que l’Ipad ait été un succès commercial à sa sortie, il reste un outil élitiste pour les quelques privilégiés qui le possèdent. 

 

Votre reportage alterne de multiples formes de supports de narration comme des images, du son, des témoignages, de l’écrit. Il est très complet et il y a une rythmicité. Est-ce que c’est l’Ipad qui a configuré le reportage de cette façon ?

 

Zoé et Sarah : La multiplicité des medias est caractéristique des webdocumentaires. L’Ipad permet en revanche de remettre le texte au centre du récit. La tablette est un vrai support de lecture. Nous avons donc présenté notre reportage sous la forme d’un magazine interactif. Le lecteur supporte mieux ces pages de texte sur tablette que sur l’écran d’un ordinateur.

L’intérêt était bien sûr d’inclure aussi les interviews et ambiances sonores sur les photos, et des vidéos comme on le fait dans un webdocumentaire.

 

Pour pouvoir produire et monter ce projet, qu’est-ce que cela a nécessité en compétences, temps, matériel, logistique… ?

 

Zoé : Il faut être un peu touche à tout. Après deux semaines de préparation, nous sommes parties douze jours à Goma. J’avais un micro et un enregistreur. Et puis nous avions nos cahiers et nos stylos !

 

Sarah : J’avais un appareil 5D - qui fait des photos et des vidéos- prêté par Canon. Un petit Canon G10 en complément. Nous avions nos ordinateurs bien sûr pour « dérusher » au fur et à mesure. Et quelques disques durs externes pour tout sauvegarder !

 

Zoé et Sarah : La post-production s’est faite en équipe, avec Lucas Menget à la rédaction en chef. Zoé a monté tous les sons et les images. Sarah a fait l’éditing des photos. Nous avons écrit à quatre mains. . C’est Jérôme Pidoux qui a réalisé le graphisme du reportage, et Elbou El Béchir a « implémenté » l’ensemble sous forme d’application IPad.

 

Quelle est la différence entre l’Ipad et le webdocumentaire pour les photographies ?

 

Sarah : Il n’y en a relativement pas, si ce n’est le choix du format. L’Ipad, comme l’Iphone, se lit dans les deux sens : horizontal et vertical. Idéalement, il faudrait donc doubler toutes les photos en format paysage et en hauteur pour éviter des recadrages trop radicaux.

 

Si vous deviez renouveler l’expérience, le feriez-vous ?

 

Zoé et Sarah : Bien sûr, si nous travaillons sur d’autres sujets qui se prêtent à ce format. C’est un travail de réalisation passionnant.

Le seul écueil est que le reportage multimédia qui est assez coûteux n’a pas encore trouvé de « modèle économique » stable. Il est toujours plus rentable de réaliser un doc pour la télé que pour le web.

 

Et par rapport à l’interactivité, comme par exemple les travaux diffusés par Samuel Bollendorff, qu’en pensez-vous ?

 

Zoé : Le documentaire multimédia est un format si nouveau qu’aucune règle n’est encore bien définie quant à la trame narrative, à l’usage des différents medias (photo, son, video, texte…) pour servir cette narration et à l’usage de l’interactivité autorisée par le Web. Il y a une liberté formidable. Mais l’utilisation de chaque support doit avoir du sens : il faut se poser la question de ce que l’on veut raconter et comment. Quel est l’apport de la photo ? De la vidéo, du son, du texte ? Il ne s’agit pas de faire un patchwork aléatoire. En ce qui nous concerne, nous avons par exemple fait le choix du son + photo pour les victimes, de la vidéo pour les avocates, etc…

 

Samuel Bolendorff a fait de ces « webdocumentaires dont vous êtes le héros » sa signature. C’est d’ailleurs son travail qui nous a fait découvrir le webdocumentaire et qui a été une source d’inspiration. Nous avons beaucoup aimé naviguer dans son « Voyage au bout du charbon » par exemple, le reportage devenant presque un jeu. C’est un parti pris qui fonctionne bien mais qui reste une manière de raconter parmi d’autres.

 

Certains sujets se prêtent à ce format ludique qui laisse l’internaute composer son propre reportage presque au hasard des clics. D’autres sujets exigent du journaliste qu’il prenne d’avantage par la main son « lecteur », avec une moindre interactivité, moins de choix possibles. Ce que nous avons fait dans « Congo, la paix violée ».

 

Retournerez-vous au Congo pour aborder à nouveau le sujet ?

 

Sarah : Bien sur, si nous en avons les moyens. Il nous tient à cœur de suivre nos histoires, les trajectoires de nos « personnages »... Par ailleurs, la question du viol n’est pas le seul sujet à aborder au Congo. Nous pourrions envisager d’autres angles, d’autres problématiques. La présence de la LRA, la question des enfants soldats, etc…  Sans parler de l’élection présidentielle prévue en 2011. Bref, il reste des tas de sujets que nous serions heureuses d’aborder.

 

Je remercie chaleureusement Zoé et Sarah pour leur contribution. Leur projet est intéressant, autant sur le fond que sur la forme. Elles témoignent des horreurs et crimes sexuels commis sur des enfants et des femmes dans un pays où des années de conflit ont rendu le viol banal une fois la paix retrouvée. Quant à la forme de narration et de diffusion choisies, je suis convaincue, comme elles, que nous en sommes au tout début. Quel avenir leur prédire ? En tout cas, ces deux journalistes ont expérimenté une nouvelle forme de diffusion qui est différente du webdocumentaire, et j’espère que leurs explications vous ont permis d’en savoir un peu plus. Vous trouverez en lien « Congo la paix violée », le lien de France 24 ainsi que les sites de nos deux journalistes.

 

 

Par mademoiselle-elda.over-blog.com - Publié dans : Webdocumentaire
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Jeudi 30 décembre 4 30 /12 /Déc 12:48

2011 va démarrer avec un nouveau témoignage. Zoé Lamazou et Sarah Leduc vont nous faire partager leur expérience concernant le webdocumentaire proposé par France 24 pour une diffusion sur Ipad. Premier travail qui privilégie un autre canal de diffusion que les réseaux classiques. En attendant de découvrir leur contribution, je vous invite à visionner ce projet dans la rubrique Liens "Congo la paix violée" chez nos amis de webdocu.fr

 

Je vous souhaite à toutes et à tous d'excellentes fêtes de fin d'année !

Par mademoiselle-elda.over-blog.com - Publié dans : Webdocumentaire
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Mardi 21 décembre 2 21 /12 /Déc 19:20

Ulrich Lebeuf est photographe professionnel depuis 12 ans. Il a rejoint l’agence MYOP en Janvier 2007 et fait partie des pionniers à proposer des POM en complément de ses reportages type documentaires. Ses travaux sont publiés sur de nombreux magazines comme Le Monde, Elle, Vsd, GEO, Le Monde Magazine, Times, National Geographic et Grands Reportages. Il nous explique son approche sur le sujet.

 

Quel type d’approche proposes-tu dans tes documentaires ?

Je m’inscris dans une photographie de type néo-documentaire. J’assume complètement et pleinement la subjectivité. Je raconte une histoire telle que je la perçois. En fait, l’objectif de mon travail consiste à présenter ma manière de voir les choses, de les observer qui est tout aussi important que le sujet traité. Comme un cinéaste qui propose sa vision sur une problématique, il en fait un film avec un début, un déroulement et une fin. Je fais la même chose avec une narration photographique et multimédia.

 

Tu fais partie des pionniers qui ont proposé des POM. Qu’est-ce qui t’a intéressé à vouloir travailler sur ce nouveau support ?

Il existe différents supports connus comme la Presse, l’Edition et les Expositions. Et aujourd’hui il y a un nouveau support, le Web. La POM ou le webdocumentaire sont plus adaptés pour une diffusion sur internet. Un même sujet ne se montre pas de la même façon dans une exposition que sur la toile. Et je trouve qu’il est intéressant de pouvoir utiliser ces autres supports car il y a le son, les images sont en mouvement et une interactivité.

 

Sur ton site tu proposes deux POM : « Antonyme de la pudeur » et « Alaska Highway ». Ils sont très différents l’un de l’autre. Peux-tu nous en dire plus ?

Effectivement ces deux projets sont différents. Pour Antonyme de la pudeur, il s’agit d’une narrativité plus didactique. La jeune femme témoigne et nous explique ce qu’elle vit, comment elle perçoit les choses par rapport à son activité professionnelle. Les images alimentent son histoire.

Pour Alaska Highway, c’est un projet avec un parti pris artistique très fort. Il est un peu plus expérimental que le premier. Dans celui-ci, mon univers prend le dessus. Je plonge le lecteur dans ma perception de l’Alaska et la façon dont j’ai vécu ce voyage. La narration est beaucoup plus complexe. Je me suis inspirée de l’univers de Lynch avec une vision complètement différente par rapport à «  Antonyme de la pudeur ». Il a d’ailleurs été projeté à Montpellier pour une exposition collective sur les Etats-Unis, dans une Galerie d’Art Contemporain. Ce film est complémentaire au reportage papier car il montre plus l’humain. En effet, le type de narration est différent suivant le support utilisé pour ce sujet. Sur le projet papier, il y a plusieurs images de paysages avec en dernier lieu l’humain. Pour le film, c’est plutôt l’humain qui y apparaît avec des rencontres complètement improbables comme le SDF au milieu de nulle part, des personnes atypiques un peu perdues, parfois même un peu glauques.

 

Tu proposes deux types de supports, le reportage photographique papier et la petite œuvre multimédia, je suppose que le travail est complètement différent. Quelle est la différence entre les deux ? Pour chaque projet comment cela s’est-il déroulé ?

Je dirai que ce soit pour une commande pour un magazine comme pour un support de type webdocumentaire, il est essentiel d’anticiper. Lorsque tu réalises un reportage papier, tu fais plusieurs clichés et tu sélectionnes la meilleure des photographies à publier. Dans le webdocumentaire, tu as plusieurs images et il en faut plus que pour le support papier. Dans une œuvre multimédia, tu racontes une histoire avec une séquence de plusieurs photographies et tu termines par la meilleure.

Pour chaque POM je m’associe à un monteur. Je ne suis pas seul à travailler sur sa composition.

Enfin, le son est un paramètre extrêmement important car il est associé au webdocumentaire.

 

Pour « Antonyme de la pudeur » nous n’avions pas forcément anticipé le projet. Il a nécessité 2 mois de travail pour 7 minutes de diffusion.

Pour Alaska Highway, nous l’avons réfléchi car la narration est beaucoup plus complexe. Pour pouvoir conserver l’univers que je souhaitais présenter avec la co-réalisation, il a exigé 5 mois de travail dont 2 mois pour le montage pour 12 minutes de diffusion. Nous avons utilisé un appareil photographique et une caméra.

 

Vas-tu nous présenter un nouveau projet ?

Effectivement, je travaille actuellement sur un nouveau sujet : la précarité. Il est prévu 5 mois de travail pour sa production et 1,5 mois de montage. Je souhaite présenter un travail différent avec 26 minutes de diffusion. Je reviens vers un discours plus lisible, plus limpide tout en conservant un parti pris artistique fort.

J’ai décidé d’utiliser un seul outil, un Nikon D3S qui fait à la fois les photographies et la vidéo. J’ai ajouté un micro directionnel pour la prise de son.

Pour l’interactivité, je m’interroge encore. Je trouve que c’est intéressant de l’utiliser mais je ne veux pas perdre ma narration. Je ne suis pas encore décidé, j’y réfléchis.

 

Je remercie Ulrich Lebeuf pour sa contribution. Actuellement le documentaire « Antonyme de la Pudeur » est exposé à Bordeaux à la Galerie d’Art Contemporain du 10/12/2010 au 11/01/2011. Par ailleurs, un ouvrage « les confins immédiats » aux Editions Privat est en vente (35€. ISBN : 978-2-7089-1766-8).

Vous trouverez dans la rubrique Liens, le site de l’agence MYOP qui présente Ulrich et ses travaux, ainsi que son site où vous pouvez visionner les POM abordées dans cet article.

Par mademoiselle-elda.over-blog.com - Publié dans : Webdocumentaire
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Mardi 7 décembre 2 07 /12 /Déc 09:33

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Afin d’apporter des éléments complémentaires sur ce que signifie le webdocumentaire, Alexis Sarini, journaliste, a apporté sa contribution en répondant à quelques questions pour nous aider à mieux comprendre.

 

Il est tout fraîchement diplômé de l’ESJ Paris. Il a fondé avec Louis Villers, le site Webdocu.fr en novembre 2009. Journalistes avant tout, ils réalisent plusieurs reportages en France et à l’étranger. En parallèle, ils gèrent une petite entreprise de communication sur internet. Concernant leur actualité, en janvier 2011 ils couvriront le Dakar au Chili et en Argentine pour le monde.fr.

 

 

 

 

Votre site référence des webdocumentaires. A partir de quelle réflexion, quel constat ou quelle interrogation avez-vous décidé de le proposer sur le web ?

 

L’idée de la création de WEBDOCU.fr vient d’un constat assez simple. Beaucoup de webdocumentaires présents sur la toile possèdent une structure flash. Par conséquent, ils ont des difficultés pour être référencés sur les moteurs de recherche. Nous avons donc décidé de créer une plateforme pour les regrouper et les classer par sujet et caractéristique afin de faciliter « leur consommation » par l’internaute. De plus, ces nouvelles formes de reportages sont un genre nouveau, en constante évolution depuis quelques années. Il nous paraissait important de leur offrir un espace de réflexion. Très rapidement, le site a pris la structure qu’il a aujourd’hui.

 

Les projets diffusés émanent-ils stricto-facto des professionnels de l’image ?

 

Sur le principe, nous référençons et diffusons des œuvres qui émanent de tous les milieux : amateurs, étudiants, professionnels…Je pense qu’il est important que nous soyons ouverts à toutes les tentatives et propositions. D’autant plus, lorsqu’il s’agit d’un genre qui n’est pas encore bien défini. Nous nous attachons surtout à l’originalité du reportage et à ce qu’il propose en terme de narration. Toutefois, le webdocumentaire est actuellement assez méconnu et nous ne répertorions quasiment pas d’exemples de projets « d’amateurs ». Par contre, nous identifions des créations d’étudiants comme « les Communes de Paris », un webdocumentaire de fin d’étude de Simon Buisson (vous le trouverez ici dans la rubrique "Liens"), ou encore « Link Generation » de Jérémy Joli étudiant en journalisme.

 

Est-ce que l’accès aisé aux nouvelles technologies et leurs outils ne favorise pas l’idée qu’il est facile de créer un webdocu ou une POM ? N’y a-t-il pas une éthique professionnelle à promouvoir ?

 

Le danger est peut-être là. Il est vrai qu’internet nous offre des outils pour construire de jolies choses, faire de belles interfaces mais l’important est de proposer un projet qui a du fond, une histoire et une narration. De plus, beaucoup d’entre eux sont qualifiés en tant que webdocumentaire mais en vérité, ils ne le sont pas. Par exemple, j’ai vu sur le site d’un internaute, qu’il nommait son projet avec cet intitulé. Mais, il s’agissait d’un mélange de photographies et de vidéos publié sur Youtube sans forcément proposer une création caractéristique du journalisme. A l’image d’un 52’ pour la télévision, il faut construire une histoire, réfléchir à une structure… La forme de son œuvre n’est pas le seul point qui le détermine comme un webdocumentaire, et son auteur doit la créer dans un objectif d’information en utilisant les bons outils disponibles sur le web.

 

Pour répondre à la deuxième partie de la question, je pense qu’effectivement il est important de promouvoir une certaine éthique. Elle doit être celle que tout journaliste possède, qu’il soit sur le web, la télévision ou la radio.

Le genre webdocumentaire a un rôle important à jouer parce qu’il représente une information de qualité sur internet par rapport au flux d’informations constant et varié. Le travail d’un auteur consiste à proposer une information fiable et sourcée. J’ajouterai, que dans certains cas, il exprime et assume son point de vue. Il est donc primordial qu’il soit le reflet d’une éthique journalistique.

 

Qu’est-ce que l’éthique pour le journaliste ?

 

L'éthique du journaliste se caractérise par le respect de la déontologie du métier. Dans les grandes lignes, il s’agit d’un devoir de véracité envers le public, de responsabilité, et d'intégrité. Le journaliste s'engage aussi moralement à respecter la vie privée des individus et à obtenir des informations uniquement par des moyens légaux.

 

Quelle est la ligne éditoriale de webdocu.fr ?

 

Nous ne possédons pas une ligne éditoriale stricte. Nous sommes deux à entretenir quotidiennement le site. En plus de Louis et moi-même, notre équipe est composée de blogueurs (reporters, documentaristes) pour la plupart installés à l’étranger. Par exemple, Patricia Bergeron au Canada et Léa Baron à New York… Actuellement, nous sommes en discussion pour ouvrir des blogs qui seraient tenus par des Suisses et des Allemands.

 

Si nous devions résumer en une phrase notre fil conducteur, cela serait : « travailler à la promotion et la diffusion de nouvelles formes de reportages sur Internet, envers les professionnels et le grand public ».

 

Comme notre site est orienté sur le reportage et le documentaire, nous nous intéressons aux créations journalistiques. Toutefois, nous n’excluons pas les webdocumentaires corporate, les web-fiction documentaires et même certaines publicités mises en ligne sur le net…Nous nous considérons un peu comme un laboratoire de curiosités.

 

Est-ce que la facilité de partage et la profusion des canaux de diffusion n’induisent pas l’illusion dans l’esprit de certains amateurs d’obtenir la reconnaissance des professionnels ?

 

Je pense que les milieux amateurs, qu’ils soient débutants ou confirmés et les milieux professionnels sont encore très cloisonnés. Pour parler du cadre strict du webdocumentaire, il y a peu de place pour les amateurs. Ce nouveau genre nécessite beaucoup de compétences différentes (photo, vidéo, développement flash…). C’est un domaine pointu. Toutefois, pour parler de photojournalisme même si ce n’est pas mon domaine, j’ai l’impression que la multiplication des canaux de diffusion ne va pas faciliter une reconnaissance des professionnels envers les amateurs, mais au contraire les séparer. Nous verrons sûrement de beaux travaux faits par des amateurs, mais sur leurs propres diffuseurs. Comme il n’y a pas d’argent en jeu, elles conserveront l’étiquette « amateur ».

 

Je tiens à remercier Alexis Sarini pour son intervention. Vous trouverez dans la rubrique « pages », un document qui présente le site. Par ailleurs, il est en ligne dans la rubrique « Liens ».

Par mademoiselle-elda.over-blog.com - Publié dans : Webdocumentaire
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